La Ville de Sherbrooke rabrouée par la Cour
 
SHERBROOKE — La Ville de Sherbrooke devra reprendre à son emploi une technicienne en évaluation à la Division de l'évaluation foncière qui avait été congédiée après une filature jugée illégale.
 
L'employée municipale reprendra au cours des prochains jours l'emploi dont elle est privée depuis décembre 2007.
 
Le juge François Tôth de la Cour supérieure confirme une décision de l'arbitre de griefs Me René Turcotte qui a renversé le congédiement de l'employée. Cette preuve de filature avait été déclarée inadmissible par l'arbitre qui avait annulé le congédiement de l'employée visée.
 
« Il n'y a aucune erreur de principe dans la sentence arbitrale à ce niveau. Dans les circonstances de cette affaire, l'employeur n'avait pas de motifs sérieux et raisonnable d'entreprendre une filature et il y avait d'autres moyens d'enquête qui n'avaient pas encore été utilisés. L'employeur n'avait aucun grief contre l'employée qui avait justifié toutes ses absences. L'employée a collaboré sans réticence ni réserve avec l'employeur », explique le juge Tôth dans sa décision.
 
Le juge reprend les conclusions de l'arbitre des griefs « une filature pas à pas et filmée pendant cinq jours est une atteinte à la vie privée de l'employée. »
 
L'employée impliquée dans ce litige occupe les fonctions de technicienne en évaluation depuis 1997. Son médecin ordonne un arrêt de travail pour des raisons médicales en juin 2007. Après avoir fourni un certificat médical, elle a reçu des prestations d'assurance invalidité de son assurance collective. Son absence se prolonge à la suite d'un diagnostic de dépression majeure.
 
Le service des ressources humaines qui fait le suivi s'interroge sur quelques points au dossier. L'employée de la Ville de Sherbrooke est rencontrée par l'expert de l'employeur, soit un psychiatre qui confirme le diagnostic de dépression majeure et son incapacité à occuper son emploi.
 
Le doute de la Ville de Sherbrooke persiste à la suite d'informations obtenue par le service des ressources humaines qui sont jugés incompatibles avec le rapport de son expert. Une filature de cinq jours est demandée par l'employeur sur son employée salarié en congé maladie. La Ville conclut que le rapport de filature ne correspond pas aux déclarations des médecins concernant son niveau d'activité.
 
L'employée est congédiée le 3 décembre 2007 sous prétexte de fausses déclarations faites durant sa période d'invalidité. Congédiement qui a été contesté par grief.
 
L'arbitre Me René Turcotte avait déclaré inadmissible la preuve recueillie lors de la filature comme contraire aux droits garantis par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.
 
Dans son jugement, le juge Tôth indique que « rien ne permettait de douter de l'honnêteté de l'employée ni du fait qu'elle était malade. »
 
Le directeur du service des ressources humaines à là Ville de Sherbrooke Jacques Leduc prend acte de cette décision de la Cour supérieure. Des démarches ont été entreprises pour réintégrer l'employée dans ses fonctions au service de l'évaluation et faire les ajustements salariaux rétroactivement à son congédiement maintenant déterminé comme illégal.
 
 
Source: Sherbrooke, mercredi 27 janvier 2010 – La Tribune
Par : René-Charles Quirion

 

 

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